Interview partenaire | Adopter un marketing éthique grâce à l’accessibilité numérique

Publié par Service Communication dans Messaging & Transformation Marketing, Satisfaction & fidélisation 30 janvier 2020 Temps de lecture : 3 min

À l’occasion du 90e anniversaire de l’UNADEV (principale association de malvoyants et non-voyants en France), Boris Galinat, Directeur de la Communication, répond à nos questions sur l’importance de l’accessibilité web pour développer une stratégie marketing inclusive et valoriser son image de marque.

Qu’est-ce que l’UNADEV ?

L’Union Nationale des Aveugles et des Déficients Visuels est une association reconnue d’assistance et de bienfaisance née à Bordeaux en 1929. Présente dans 8 villes de France (Paris, Pau, Toulouse, Marseille, Lyon, Perpignan et Lille), l’UNADEV couvre plusieurs zones régionales et s’appuie sur un réseau de partenaires locaux pour compléter son maillage. Chaque centre délivre ainsi un certain nombre de services auprès des personnes présentant une déficience visuelle (malvoyantes ou non-voyantes).

Les missions principales de l’association sont de 3 ordres :

  • L’accompagnement et la formation : que l’accompagnement soit social (démarches administratives…), culturel ou bien sportif (activité adaptée ou en mixité…), l’UNADEV facilite le quotidien des personnes déficientes visuelles. Il existe aussi un grand volet sur la formation (braille, langues, outils numériques…), adaptée au public touché, pour qu’il dispose de compétences et ressources utiles.
  • La sensibilisation des publics au handicap visuel : elle est faite auprès du grand public, sur ce qu’est la logique de vivre ensemble (altruisme, civisme…) mais aussi envers les décideurs (politiques, économistes…). L’objectif ? Une plus grande prise de conscience de l’existence du handicap et de ses enjeux pour une meilleure inclusion sociale et professionnelle. Cette sensibilisation passe aussi par la prévention des maladies visuelles.
  • Le soutien à la recherche et à l’innovation : l’UNADEV est la principale structure en France, en partenariat avec l’AVIESAN (Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé), qui finance la recherche des maladies de la vue. Tous les ans, l’UNADEV y contribue à hauteur de plus d’1 million d’euros. Une aide fondamentale qui participe à la recherche de nouvelles innovations thérapeutiques.

Quand l’UNADEV a-t-elle pris conscience de l’importance de l’accessibilité numérique ?

Comme beaucoup d’associations, l’UNADEV réagit au regard des ressentis et du vécu de ses bénéficiaires. Ce sont eux qui sont le plus au fait des manques d’accessibilité sur de nombreux supports, sites internet, informations… Ce sujet a donc rapidement été évoqué et demeure un sujet primordial pour l’association.

La loi du 11 février 2005 sur l’accessibilité1 et notamment l’atteinte à « tout type d’information sous forme numérique quels que soient le moyen d’accès, les contenus et le mode de consultation », a aussi été évidement un élément reconnu comme étant décisif pour inciter à l’évolution des pratiques en la matière. L’accessibilité est un enjeu éthique et moral. La place du numérique et du digital doit être aussi prépondérante que le reste.

Quelles démarches digitales avez-vous déjà mises en œuvre ?

En premier lieu, l’UNADEV peut apporter des conseils sur les bonnes pratiques à adopter dans la création des supports numériques pour les personnes déficientes visuelles. Des formateurs, qui sont des personnes aveugles ou malvoyantes, sont là pour tester l’accessibilité numérique et suggérer les modifications nécessaires. L’UNADEV fait partie des associations militantes et actives sur le sujet de l’accessibilité web. Les contenus produits sont accessibles au plus grand nombre, y compris au public déficient visuel.

Les emails que nous envoyons à nos adhérents par exemple ne contiennent aucune image, ou alors, elle est commentée, décrite dans le corps de texte. Dans la majorité des campagnes, les messages sont simples, avec un texte en gros caractère, en gras, parfois avec une taille de police différente pour signifier une information particulière, et c’est tout ! Car dans un email, un trop grand nombre d’éléments visuels peuvent être lus, par un assistant vocal par exemple, comme une série de chiffres, de lettres, de pourcentage… Bref, c’est inaudible, voire insupportable pour le destinataire. Le challenge, c’est de rendre un niveau d’information accessible à tous. Si vous ne pensez qu’attractivité et design graphique esthétique, vous aurez tout l’effet inverse avec un public non-voyant.

La base de la communication, c’est de s’assurer que le message que l’on transmet est correctement élaboré pour que la cible, le destinataire, puisse le recevoir dans les meilleures conditions.

Dans quelles mesures les nouvelles technologies peuvent-elles intervenir ?

Partout, et sur tous les sujets ! Cela a été révélateur lors du 1er appel à projets que nous avons lancé cette année avec l’objectif de développer l’inclusion des personnes déficientes visuelles et où la plupart des lauréats étaient dans le secteur des nouvelles technologies (développement de solutions, éditeurs de logiciels, d’applications…).

Entre robotisation, géolocalisation, intelligence artificielle et synthèse vocale, on mesure bien les possibilités et tout ce que cela peut entrainer derrière pour faciliter le quotidien des déficients visuels. Les technologies sont une source de mieux-être sans fin. Pour l’UNADEV, c’est aussi une façon de montrer qu’elle est connectée avec son public et avec les besoins de son environnement.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui souhaitent se lancer dans l’accessibilité web et email ?

La première question à se poser selon moi est : « ce que je produis est-il accessible aux personnes malvoyantes ou non-voyantes ? ». Et si ce n’est pas le cas, comment y remédier ? La première étape d’une politique d’accessibilité donc, c’est d’avoir ce réflexe de questionnement. Cela passe par une sensibilisation auprès de toutes les directions de l’entreprise. Lorsque l’on s’adresse à ses collaborateurs, certains peuvent être en situation d’handicap visuel, même s’ils ne représentent qu’1%. Au nom de quoi ces personnes n’auraient pas accès au même niveau d’information que les autres ? Le questionnement, c’est le début de la sensibilisation, et en conséquence être prêt à faire les choses différemment.

Ensuite, une chose très simple, se rapprocher des personnes qui sont concernées (en clair, du feedback) ! Ici donc, des personnes présentant une déficience visuelle, pour les questionner sur leurs usages. On en revient ici à l’expérience utilisateur (ou User eXperience). Quelle est l’expérience ressentie et vécue par le public que je cherche à toucher ? Comment proposer une offre adaptée ? Il faut s’appuyer sur la manière dont ces personnes consomment l’information numérique.

À l’UNADEV, nous avons une signature : « Mêlez-vous de ceux qui ne vous regardent pas » ! Cela signifie à la fois se soucier de la façon dont les autres vivent leur quotidien, quelle est leur réalité, mais aussi changer sa propre façon de regarder le monde, de faire les choses. Si la logique du marketeur est de toucher sa cible, il fera forcément en sorte de se poser les bonnes questions pour y arriver. Ce public-là, c’est aussi un public de consommateurs, d’acteurs, de citoyens. S’il veut les toucher, qu’ils reçoivent correctement ses informations, il doit les adapter.

Mais il faut tout de même noter que de plus en plus d’entreprises se sentent concernées par les problématiques sociales, sociétales et environnementales. Certaines en ont fait des éléments de valeur éthique, morale, des points stratégiques réels suivis de moyens, de ressources et d’effets. C’est important de le souligner car elles agissent pour le bien commun et sont même parfois motrices de ces sujets.

 

 

Démo produit Accessibilité web et email

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